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Etre entrepreneur dans les secteurs culturel, artistique et créatif ....
Mission impossible ?

Avant même d?aller plus loin, il est judicieux de se poser un certain nombre de questions : Qu?est-ce qu?être un «entrepreneuriat culturel et créatif» ? Quelles sont les spécificités de cet entrepreneuriat ? Comment évolue-t-il ??

C?est pour participer à répondre à ces questionnements que s?était mise en place la première édition de la Journée de l?Entrepreneur Culturel et Créatif en mars 2009, à la salle du Conseil du Grand Lyon.

Dans cet article, nous tenterons, notamment en nous appuyant sur les prémices de réponses données lors de cette journée, de définir le plus précisément possible le concept de ce type d?entrepreneuriat.

I. Définition et enjeux du concept

L?appellation « entrepreneur culturel et créatif » renvoie à deux notions : celle de l?entrepreneuriat et celle de la culture. Tout comme l?entrepreneuriat social auquel il est parfois comparé, l?entrepreneuriat culturel ne se limite pas uniquement à l?action d?entreprendre.

En effet, nombre d?individus débutent leur activité uniquement dans le but de créer et peut leur importe le domaine dans lequel ils investissent. L?entrepreneur culturel ou créatif n?est pas se ceux-là. Bien au contraire ! Si l?entrepreneur culturel choisit de monter sa propre entreprise, c?est avant tout pour l?activité qu?il souhaite mettre en place et qu?il souhaite faire évoluer. La spécificité la plus marquante de ce type d?entrepreneuriat est donc certainement  le fait que ce soit avant tout la passion qui mène à la création.

Les secteurs culturels et artistiques font parties de ceux qui se développent toujours plus. Considérés comme des piliers de l?économie pour certains ou comme des secteurs en difficultés auxquels l?on donne trop d?importance dans le tissu économique pour d?autres, il est cependant indéniable que la culture et l?art sont omniprésents dans notre société. Il est donc primordial que tous deux continuent leur développement. En cela, l?entrepreneuriat culturel et créatif est un réel levier, et, malgré l?incertitude qui caractérise ses secteurs et l?augmentation du sous-emploi, c?est un marché en croissance.

Afin de permettre à ces secteurs de se développer et de croître de façon cohérente et durable, de plus en plus de créateurs décident d?acquérir des compétences liées à  la gestion d?entreprises : comptabilité, fiscalité, droit,? Les entrepreneurs culturels donnent de plus en plus d?importance à ces fonctions et s?efforcent de les mettre en pratique du mieux possible...

Or, bien que la volonté y soit, encore trop peu d?entrepreneurs culturels et créatifs parviennent à accéder aux outils qui pourraient leur permettre cette gestion optimale de leur structure (aussi bien au moment de la création de l?activité que par la suite, lors de son développement).

De plus, bien souvent, ces entrepreneurs imaginent que toutes les aides, organismes et autres structures mises en place pour les entrepreneurs « classiques » ne leur sont pas ouverts.

Encore maintenant, il est difficile dans les esprits de concilier économie et culture.

II. Entrepreneuriat vs. entrepreneuriat culturel et créatif

A. Un entrepreneur comme les autres?

L?entrepreneur culturel et créatif se heurte aux mêmes obstacles que ses collègues. Le cap du lancement, le cap des 3-5 ans? Tout comme son homologue, il n?échappe pas aux difficultés et obstacles typiques à la création d?entreprise.

On pense souvent à tort que tout les sépare alors que bien au contraire, on se rend compte qu?en réalité, les similitudes entre ces entrepreneurs sont nombreuses?

Tout d?abord, pour l?un comme pour l?autre, leur créativité est sollicitée. L?entrepreneur, par définition, créer une activité. Là où ils se différencient, c?est sur le choix de l?activité. Les entrepreneurs culturels et créatifs mettront toujours en place l?activité qui leur tient à c?ur, celle qui les passionne. Les entrepreneurs classiques peuvent également créer une activité importante pour eux et qui les passionne, mais ce n?est pas toujours le cas. Certain profils souhaitent avant tout créer une activité, qu?elle quelle soit, comme noté précédemment.

Cependant, la « quantité » de créativité requise n?est pas la même en fonction des entrepreneurs. Certains se limitent à la seule création d?une activité basique, non innovante et donc où la créativité de l?entrepreneur n?est que peu sollicitée. D?autres au contraire parviennent à mettre en place une structure innovante et créative dans son contenu aussi bien que dans son fonctionnement. Pour l?entrepreneur culturel et créatif, la créativité est ce qui va le pousser à débuter son activité et qui lui permettra de la faire vivre et se développer tout au long de son existence.

On peut également citer le caractère aléatoire de la création. Dans un cas comme dans l?autre, malgré les nombreuses études que l?on peut réaliser, il est toujours possible de mal calculer son coup. Personne n?est à l?abri d?une erreur ! Plus encore que la création, c?est l?innovation, précédemment cirée, qu?il est difficile de gérer. Une activité très innovante peut être mise en place et ne pas réussir à convaincre le public pour autant. Se démarquer est par ailleurs essentiel. Et l?innovation est le meilleur allié de cette différenciation. Mais elle reste malgré tout une arme à double tranchant dont il ne faut pas sous-estimer l?impact.

B. ? Mais qui agit dans un contexte différent

Nous avons expliqué dans le paragraphe précédent que le caractère aléatoire de la création était propre à l?entrepreneuriat quel qu?il soit. A ce niveau cependant, les risques ne sont pas aussi grands pour l?entrepreneur classique et l?entrepreneur culturel. En effet, on ne fera pas les mêmes études dans un cas que dans l?autre. L?entrepreneur culturel (admettons ici que c?est un peintre) ne va pas réaliser une étude de marché pour savoir si l??uvre qu?il a créé va plaire ou non au public comme nous pourrions le faire pour un produit lambda ! Il perdrait alors toute sa créativité et son originalité en essayant de contenter la majorité (ce qui parait par ailleurs impossible). Du fait de ce facteur, il devient difficile de calculer quel sera le coût de revient et donc le prix de vente. Tout dépendra du public et de comment est accueillie l??uvre de l?artiste.

III. L?entrepreneuriat social

L?entrepreneuriat social est un modèle d?entrepreneuriat qui se développe de plus en plus ces dernières années. L?entrepreneur social s?efforce de proposer des solutions pratiques et innovantes pour faire face aux problèmes sociaux toujours plus récurrents. Outre cet aspect purement social, l?entrepreneur développe son activité économique et fait en sorte qu?elle soit viable et pérenne. Economie et objectifs sociaux doivent être conciliés. Ces préoccupations passent avant la profitabilité de la structure contrairement à la l?entrepreneuriat classique où le profit est le mot d?ordre. Dans le cas de l?entrepreneuriat social, il ne figure qu?au second plan.

En cela, on peut dire que l?entrepreneur culturel et créatif se rapproche davantage de l?entrepreneur social. Pour l?un comme pour l?autre, le profit n?est pas la priorité, ni même l?objet, de la création d?une activité.

Mais les porteurs de projets culturels sont-ils des entrepreneurs sociaux pour autant ?

Bien qu?ils s?en rapprochent par certains aspects, leurs objectifs in fine ne sont pas les mêmes. Ainsi, l?objet « social », qui est le centre de l?entrepreneuriat social, n?est pas au c?ur de la problématique de l?entrepreneuriat culturel et créatif. Pour certains entrepreneurs, l?aspect social ne sera même pas mis en question? C?est pourquoi il est nécessaire de développer cette notion d?entrepreneuriat culturel et créatif, d?en cerner les contours et de la positionner dans le paysage de l?entrepreneuriat. Etant donné qu?il n?est pas possible de la ranger dans une catégorie, il est nécessaire de lui en créer une qui lui soit propre et où chaque porteur de projet culturel pourra se retrouver.

IV. Quelques caractéristiques de l?entrepreneuriat culturel et créatif

L?entrepreneuriat culturel et créatif connait certaines spécificités.

La surproduction en est un. Ces secteurs étant, comme nous avons pu le voir, très aléatoires, la peur du risque y est accrue par rapport aux autres domaines. Pour palier à ces risques, on note une forte tendance à la surproduction. Il semble important cependant de préciser que cette surproduction est elle-même un risque à cause notamment des coûts supplémentaires qu?elle entraine ! On peut donner l?exemple d?un organisateur de concerts. Pour palier aux soirs où la salle est peu remplie, il proposera toujours plus de dates avec toujours plus d?artistes. Or, cela entraine des coûts et ne parviendra pas forcément à combler les soirées où peu d?entrées on été vendues. Au contraire, une programmation trop importante et pas forcément ciblée peut nuire à l?image même de la salle.

Directement liée à cette surproduction, on retrouve l?incertitude : incertitude quant à l?approbation du public et à son engouement, incertitude des coûts de fabrication et/ou de production d?où enfin découle l?incertitude des prix à appliquer. On ne peut pas prévoir comment le public acceptera ce qu?on lui propose. Il se retrouve face à une multitude de produits différents et semblables à la fois. Chaque artiste à beau être unique et offrir un produit lui-même unique, cette unicité n?est pas forcément perçue par le public.

Plus qu?ailleurs, les entrepreneurs culturels et créatifs sont, dans la quasi-totalité des cas, autodidactes. Le créateur apprend sur le tas, par la pratique et par son vécu. Encore une fois, bien que l?expérience soit probablement la meilleure des alliées, il est nécessaire de posséder certaines bases incontournables de la gestion d?une structure afin que celle-ci soit pérenne et viable.

Les entreprises culturelles et créatives se distinguent également par leur pluriactivité. Généralement, on y trouve une activité principale et une multitude d?activités annexes qui gravitent autours d?elle. Cependant, l?activité principale n?est pas toujours celle que l?entrepreneur souhaiterait?

Enfin, terminons cette liste (non-exhaustive) avec un avantage bien particulier à l?entrepreneuriat culturel et créatif : l?artiste étant son propre patron, il n?est pas dépossédé de son travail. C?est lui qui le contrôle et il n?est donc pas limité ou freiné. On ne sait que trop bien à quel point les figures de la culture et de la création sont contrôlées.

En conclusion...

En France, le concept de l?entrepreneuriat culturel et créatif n?est que peu mis en avant. Cela ne veut pas dire pour autant qu?il est inexistant. Non, il est bien présent et se développe toujours plus. Cependant, nous n?en parlons que très peu et il n?existe pas de terme « conventionnel » pour le désigner. Contrairement à nous, nos voisins anglo-saxons et nos cousins canadiens ont depuis longtemps fait émerger cette notion. Les informations que l?on peut trouver à ce sujet sont nombreuses et développées. On peut notamment trouver un article Wikipédia en anglais sur « the cultural entrepreneurship » ou encore le site culturalentrepreneurship.org.

L?un de nos objectifs est que cette notion, ce concept voit le jour plus nettement en France. Qu?il soit reconnu et définit tout comme le sont l?entrepreneuriat ou l?entrepreneuriat social, que ses contours soient moins flous et que les entrepreneurs culturels et créatifs puissent trouver plus facilement leur place au sein de l?économie.

A présent, cependant, de plus en plus de formations sont mises en place pour ces entrepreneurs qui interviennent dans le domaine bien particulier qu?est celui de la culture. On peut noter également un développement des formations initiales. Le Master « Art, Créativité et Entrepreneuriat », le DUT « Gestion Administrative et Commerciale Art », le GACEG, Master « Management des Organisations Culturelles » en sont des exemples. Ce développement tend à prouver la réelle demande du secteur culturel d?avoir toutes les clés en main afin de créer et de développer une activité durable, bien gérée et bien structurée.

Pour conclure, on peut se poser la question de la limite du champ d?intervention de l?entrepreneur culturel et créatif. Jusqu?où un individu entreprenant dans ce domaine peut-être considéré comme tel ?

Anne-Laure BAUDRY ? 01/06/10

Sources :

http://www.journee-entrepreneur-culturel.fr/

http://www.entrepreneuriat.com/fileadmin/ressources/actes07/Davel_Edouardo.pdf

http://www.prepabl.fr/IMG/pdf/Bureau2001.pdf

http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=INNO_030_0071

http://www.paris-lavillette.archi.fr/recher/ramau/documentation/textes-resumes-sommaires/socio-du-travail-X/XJSTatelier5.pdf#page=83

http://bib.rilk.com/4762/01/_th%C3%A8se_MBejean.pdf

http://socio.univ-lyon2.fr/IMG/pdf/doc-587.pdf

http://fr.wikipedia.org/wiki/Entrepreneuriat_social

Intervenants de la Journée de l?Entrepreneur Culturel et Créatif : Pierre-Michel MENGER